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Résonance

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© Principal

Montréal 1976 : le design comme héritage culturel

Une fascination pour le design emblématique des Jeux de Montréal 1976 suscitée par une affiche olympique trouvée en ligne.

Bryan-K. Lamonde, directeur de création et associé chez Principal

19 août 2026

Quand on me demande quels sont les projets de design graphique qui m’ont le plus influencé, je pense rarement à une identité visuelle récente. Je reviens presque invariablement aux Jeux olympiques de Montréal de 1976.

Célébrez le 50e anniversaire des Jeux olympiques de Montréal de 1976
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Montréal 1976 : une épreuve olympique!

Cette identité date d’un demi-siècle et, pourtant, elle me semble toujours aussi contemporaine. Je ne parle pas d’un effet de mode ou d’un retour en grâce du modernisme. Son visuel est doté d’une clarté qui continue de paraître juste, même aujourd’hui.

Le début d'une fascination

Mon histoire d’amour avec les Jeux de 1976 a commencé par une affiche.

En acquérant des objets liés au modernisme canadien pour décorer les bureaux du studio Principal, je suis tombé sur cette affiche représentant les anneaux olympiques flottant comme un drapeau sur un fond rouge. J’ai été étonné de constater à quel point l’affiche aurait pu être créée aujourd’hui. Je l’ai trouvée sur une plateforme de vente aux enchères en ligne. Convaincus qu’une pièce comme ça allait nous coûter une fortune, nous l’avons finalement obtenue pour une vingtaine de dollars.

Elle est toujours accrochée à nos murs aujourd’hui. Et sa couleur demeure la couleur emblématique de notre studio, même après presque 15 ans.

© Principal

Avec les années, l’affiche est devenue pour moi un rappel de la puissance du design quand on le réduit à l’essentiel. J’aime la tension qu’elle contient. Tout y est bien construit. Une grille rigoureuse, une composition simple, une économie de moyens presque radicale. Et pourtant, au centre, il y a ce geste d’une grande légèreté : le logo des Jeux de Montréal semble flotter dans le vent. En une seule idée, les anneaux deviennent une image vivante.

Ce qui me touche le plus dans cette affiche, c’est sa retenue. Rien n’est superflu. Tout semble évident, presque facile. Le meilleur design n’est pas forcément celui qui en fait le plus. Souvent, une seule idée forte, bien exécutée, suffit à créer quelque chose qui traverse le temps.

Yvon Laroche se souvient de l'affiche.
Visitez l'exposition numérique Au-delà des Jeux : l'histoire olympique de Montréal.

Une grille au service de l’expression

Plus tard, j’ai découvert la série d’affiches de la Coalition des artistes et des athlètes, et elles m’ont marqué pour une tout autre raison.

Le système graphique imaginé par le designer Burton Kramer est d’une simplicité remarquable : une structure noire, une typographie neutre et puissante, une grille parfaitement maîtrisée. Puis, au centre, une ouverture qui met en évidence le travail d’artistes. Un espace laissé à des créateurs comme Michael Snow, Jean McEwen, Guido Molinari ou Claude Tousignant, chacun libre d’y proposer son propre langage. (Celle de McEwen est accrochée dans mon salon, un cadeau de ma conjointe.)

Exposition Montréal 1976 : une épreuve olympique. Photo : Roger Aziz © Musée McCord Stewart, 2026

J’aime beaucoup ce contraste, une structure immuable qui laisse place à l’expression. Un équilibre entre l’ingénierie et l’art. Je trouve ça profondément généreux comme approche. Le design n’impose pas une esthétique unique, il crée les conditions pour que plusieurs voix puissent coexister.

La grille n’est jamais là pour démontrer une virtuosité. Elle agit plutôt comme une infrastructure. Elle n’efface jamais les artistes, elle leur donne un cadre assez solide pour favoriser leur libre expression.

Claude Tousignant, Canada 1976 Olympiques, 1976. Prêt de Claude Tousignant

Ces affiches montrent aussi une ambition culturelle que l’on voit rarement aujourd’hui pour cette envergure de projets. Elles ne cherchent pas à simplement promouvoir un événement sportif, mais présentent les Jeux comme une rencontre entre le design, l’art et la société. Aujourd’hui, les Jeux privilégient une approche publicitaire et commerciale. À mon avis, c’est une occasion manquée de mettre en valeur les artistes et les cultures locales.

Quand je travaille sur les projets du studio, je pense souvent à cette façon de concevoir un système. Pas parce que je cherche à reproduire l’esthétique des Jeux de Montréal, mais parce qu’elle me rappelle qu’un bon système n’a pas pour but d’uniformiser les idées. Au contraire, il doit leur permettre d’exister, d’évoluer et de s’adapter sans perdre de cohérence. Un dialogue entre rigueur et souplesse.

Représenter l’énergie libre d’une génération

Une autre affiche occupe une place particulière dans ma collection : celle de Raymond Bellemare, représentant une veste en jean épinglée de macarons. La première fois que je l’ai vue, j’ai été frappé par sa grande liberté.

Raymond Bellemare, Camp international de la jeunesse, 1975. Don du Comité organisateur des Jeux de la XXIe Olympiade (COJO), M976.178.22, Musée McCord Stewart, © COJO 76

D’abord puisque l’affiche est une photographie et non un dessin ou un aplat de couleur. Puis, plus important encore, parce que les macarons évoquent des causes sociales, des identités, des mouvements citoyens. Elle traduit l’énergie libre d’une génération. C’est un portrait de la société dans les années 1970, plus qu’une affiche sur les sports. Elle ne cherche pas à tout expliquer. Elle fait confiance à l’intelligence des gens qui la regardent. On y voit un symbole qui représente l’amour, l’égalité des sexes, le retour à la nature, la quête spirituelle, l’harmonie personnelle, la fraternité et aussi… une feuille de cannabis. C’est quand même très audacieux!

Raymond Bellemare se souvient de l’affiche.
Visitez l'exposition numérique Au-delà des Jeux : l'histoire olympique de Montréal.

Il m’est impossible de concevoir qu’elle aurait pu être produite aujourd’hui. C’est trop politique. Et c’est justement ce qui la rend si précieuse : elle rappelle qu’un événement de cette ampleur pouvait aussi servir de plateforme pour exprimer une vision du monde. Non pas seulement célébrer le sport, mais la culture et la diversité des idées. Innover socialement, en quelque sorte. Je ne sais pas trop si on ferait encore ce pari-là aujourd’hui. J’aimerais penser que oui. C’est peut-être un fantasme.

L’intemporalité du design

En regardant ces œuvres aujourd’hui, je réalise qu’elles ont toutes quelque chose en commun. Leur pertinence ne tient pas uniquement à leur esthétique, mais à leur ambition. Elles montrent qu’une identité visuelle peut être à la fois rigoureuse et expressive, qu’un système peut organiser l’information avec précision tout en laissant place à la poésie. Je pense que l’identité visuelle des Jeux de 1976 est un reflet de qui nous étions à Montréal.

C’est un sujet qui revient dans nos conversations. Nous avons tout plein d’objets des Jeux dans notre bibliothèque et sur les murs du studio. Pas parce que nous cherchons à reproduire leur esthétique, mais parce qu’elle nous rappelle un idéal : celui d’un design où la rigueur laisse les idées respirer.

Pierre-Yves Pelletier, Le Stade olympique, vers 1973. Don du Comité organisateur des Jeux de la XXIe Olympiade (COJO), M976.178.27, Musée McCord Stewart, © COJO 76
Pierre-Yves Pelletier, La mascotte, 1974. Don du Comité organisateur des Jeux de la XXIe Olympiade (COJO), M976.178.28, Musée McCord Stewart, © COJO 76
Ernst Roch, L'invitation, vers 1974. Don du Comité organisateur des Jeux de la XXIe Olympiade (COJO), M976.178.24, Musée McCord Stewart, © COJO 76

C’est peut-être ça, au fond, qui me touche le plus. Les objets de cet événement ne sont plus seulement les témoins d’un événement sportif. Ils sont devenus des références artistiques à part entière, et ils continuent d’influencer toute une génération de designers, qui n’était même pas née quand ils ont été créés. Peu de projets peuvent en faire autant.

Les meilleurs designs ne deviennent pas des reliques. Ils deviennent des icônes.

Vingt dollars, un après-midi en ligne, et près de cinquante ans plus tard, l’affiche des anneaux continue de me rappeler qu’un design fait avec ambition, précision et humanité peut traverser les époques sans perdre sa pertinence. Et que ce qui est bien conçu dure.

À propos de l'auteur

Bryan-K. Lamonde, directeur de création et associé chez Principal

Bryan-K. Lamonde, directeur de création et associé chez Principal

Bryan-K. est cofondateur et associé chez Principal, un studio de stratégie et de design situé à Montréal. Il dirige une équipe de designers réputée pour son approche graphique simple, rigoureuse et ludique. Lauréat de nombreux prix de design nationaux et internationaux, il participe régulièrement à des conférences, des critiques et des jurys dans la communauté du design. Il s'intéresse à l'histoire du design graphique et au patrimoine visuel moderne qui a façonné la culture québécoise et canadienne.
Bryan-K. est cofondateur et associé chez Principal, un studio de stratégie et de design situé à Montréal. Il dirige une équipe de designers réputée pour son approche graphique simple, rigoureuse et ludique. Lauréat de nombreux prix de design nationaux et internationaux, il participe régulièrement à des conférences, des critiques et des jurys dans la communauté du design. Il s'intéresse à l'histoire du design graphique et au patrimoine visuel moderne qui a façonné la culture québécoise et canadienne.