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Résonance

Des perspectives multiples sur l’histoire sociale de Montréal et les collections du Musée, un accès privilégié à ses coulisses et aux gens qui l’animent

Barry Lazar. Photo : Roger Aziz © Musée McCord Stewart, 2026

J’y étais

Dans les coulisses radiophoniques des Jeux olympiques de Montréal de 1976 : souvenirs d’un témoin privilégié.

J’y étais. Je n’y étais pas. C’est ainsi que je décrirais ma présence aux Jeux olympiques de 1976. J’avais 27 ans, et je travaillais au sein de l’équipe radiophonique de la CBC depuis déjà quelques années. J’avais commencé à Montréal comme recherchiste pour la tribune téléphonique nationale Cross Country Checkup. Puis, je suis parti à Toronto pour participer à la production de reportages pour une émission diffusée tous les matins de la semaine d’un bout à l’autre du pays. C’étaient des emplois de rêve pour un jeune tout juste sorti de l’université.

Quand on m’a proposé de revenir à Montréal pour me joindre à l’équipe de la CBC qui couvrait les Olympiques, j’étais fou de joie. Nous étions un petit groupe à travailler en coulisse. Nos tâches consistaient à faire de la recherche pour des reportages, à écrire les scénarios, à préparer les invités pour les entrevues, en plus de participer à la rédaction des bulletins d’information sur tous les aspects des Jeux, diffusés toutes les heures. J’aimerais pouvoir dire que je me souviens de tout ce qui s’est passé, mais ce n’est pas le cas. Heureusement, l’exposition présentée au Musée en ce moment me rappelle de merveilleux souvenirs.

Venez au Musée découvrir l’exposition
Montréal 1976 : une épreuve olympique
Tom Puchniak, Membres de l'ORTO parmi la foule au Stade olympique, Montréal, Québec, juillet 1976. Gracieuseté de Tom Puchniak.

La ville était en plein chaos. Même si la diffusion des Jeux ne devait commencer que le jour de l’ouverture, nous savions fort bien que le maire Jean Drapeau avait échoué à mener à bien le projet des Olympiques, et que le premier ministre Robert Bourassa avait nommé son ministre des Affaires municipales et de l’Environnement, le Dr Victor Goldbloom (un pédiatre!), afin de sauver les Jeux. Et c’est ce qu’il a fait!

Jean-Yves Létourneau, Jean Drapeau présente une maquette du Stade olympique et du Vélodrome, Montréal, Québec, 21 janvier 1975. Don de La Presse inc., M2020.95.14.1.2377, Musée McCord Stewart

Juste avant le début des Olympiques, le maire a décidé qu’il n’aimait pas les dizaines d’installations artistiques créées spécialement pour l’événement, qui étaient exposées le long de la rue Sherbrooke, de l’avenue Atwater jusqu’au Stade olympique. Du jour au lendemain, il les a fait démanteler.

Puis, 29 pays africains se sont retirés de la compétition parce que la Nouvelle-Zélande avait disputé un match de rugby en Afrique du Sud, un pays banni des Olympiques depuis 1964.

Quel régal pour les journalistes : Corruption! Destruction! Perturbation!

Alors, où étais-je lorsque les Jeux ont commencé? Étais-je au Stade olympique en train d’assister à la cérémonie d’ouverture en écoutant Vic Vogel jouer La marche des athlètes pendant que les équipes défilaient une à une? Ou plutôt au Velodrome (l’actuel Biodôme) en train d’aider l’équipe de la radio de la CBC à se préparer en vue des épreuves de cyclisme du lendemain? Peut-être étais-je au Forum (aujourd’hui le Cinéma Cineplex Forum), espérant voir Nadia Comăneci s’entraîner aux barres asymétriques? On oublie facilement que bien des épreuves n’ont pas eu lieu au Parc olympique.

René Picard, Cérémonie d'ouverture des Jeux Olympiques, Montréal, Québec, 17 juillet 1976. Don de La Presse inc., M2020.95.15.7.4695, Musée McCord Stewart

Depuis 2024, je suis guide bénévole au Musée. Lorsque j’anime des visites guidées de l’exposition, vêtu de ma superbe chemise à motif de pizza éclatée de la CBC, qui est restée dans le placard pendant 50 ans en attendant ce moment, je souligne que beaucoup d’événements et d’activités se sont déroulés à l’extérieur du Parc olympique. Par exemple, la voile avait lieu à Kingston sur le lac Ontario, le hockey sur gazon au Stade Molson où les Alouettes jouent aujourd’hui, les concours équestres à Bromont, et le tir à l’arc à Joliette.

Barry Lazar. Photo : Roger Aziz © Musée McCord Stewart, 2026

Mais est-ce que j’ai tout vu? Eh bien, sur les écrans, à la télévision, comme tout le monde, bien sûr que j’ai tout vu. Mais pas depuis les gradins.

J’étais plutôt dans le sous-sol de la Maison de Radio-Canada sur le boulevard René-Lévesque, cloîtré avec la plupart des équipes de radio et de télévision francophones et anglophones. Les animateurs et animatrices ainsi que les techniciens et techniciennes étaient sur place, mais les émissions quotidiennes étaient tournées dans ce bâtiment, dans les studios du sous-sol. Nous étions complètement isolés.

Supplément hebdomadaire de programmation télévisée Télé Presse. Comment regarder les jeux à la télé Semaine du 17 au 24 juillet, 1976, Musée McCord Stewart, M2025X.6.14

Avec de la chance, nous pouvions assister à certains événements. Mon ami Tom Puchniak, dont les chemises de la CBC sont présentées dans l’exposition, a vu Nadia Comǎneci obtenir des notes parfaites en gymnastique.

Pour être honnête, j’aurais pu moi aussi prendre le temps d’y aller. À l’époque, je m’intéressais beaucoup au cyclisme et au judo. Mais je me suis éclipsé quelques jours au beau milieu des Jeux pour assister au mariage d’un ancien colocataire d’université à New York. Ma patronne n’était pas contente, avec raison!

Donc j’y étais, mais je n’y étais pas.

J’ai toutefois vécu un grand moment olympique. Un soir, en rentrant de la CBC, je me suis retrouvé au centre-ville en train de marcher sur le boulevard De Maisonneuve, près de la rue Crescent. J’ai entendu de la musique. Une fanfare. Ce n’était pas le groupe de Vic Vogel. En plus d’avoir composé et arrangé la musique des Olympiques, Vic était un musicien et un chef d’orchestre immensément populaire. La musique provenait plutôt d’un groupe improvisé de musiciens de cuivres, Allemands, je crois, qui défilaient dans la rue en s’amusant beaucoup.

Si les Jeux olympiques, vus sous l’angle de la compétition, prenaient la forme d’un spectacle ritualisé, le cœur de la fête se trouvait dans les rues de Montréal. La fanfare jouait toujours. J’avais mon magnétophone avec moi et j’ai commencé à marcher avec les musiciens, enregistrant la musique et les conversations mentionnant comme il était merveilleux d’être à Montréal, et ce l’était! J’ai diffusé le reportage le lendemain.

Cet enregistrement se trouve peut-être encore quelque part dans les profondeurs des archives de la CBC.

Donc j’y étais et je n’y étais pas, mais en quelque sorte, j’y étais.