Le concours d’affiches sociales SDGQ – Marc H. Choko au Musée McCord Stewart
En 12 ans, plus d’un millier de jeunes graphistes ont pu se sensibiliser aux questions sociales d’actualité.
17 avril 2026
Du 31 mars au 26 avril, le Musée McCord Stewart présente l’exposition Surconsommation, regroupant quinze affiches sélectionnées par le jury du concours d’affiches sociales SDGQ – Marc H. Choko.
Pour la douzième édition du concours, nous avons choisi le thème « Surconsommation » après avoir testé quelques sujets auprès de jeunes adultes. Une série de questions concernant des solutions plus durables pouvant transformer nos habitudes et réduire notre impact environnemental ont été empruntées à notre partenaire Équiterre, puis intégrées à l’appel de candidatures du concours.
Le premier prix, attribué à l’unanimité par les membres du jury, a été décerné à une affiche visuellement forte et bien composée, reposant sur une illustration simple immédiatement – et universellement – compréhensible. Le deuxième prix a salué une idée originale et bien exécutée, proposant l’image d’un code à barres qui se transforme en déchiqueteuse de la planète. Le troisième prix a quant à lui été remis à une affiche reprenant tout en subtilité le célèbre tableau de 1857 Des glaneuses de Millet, montrant plutôt le glanage d’un champ de déchets.
Le concours depuis ses débuts
En 2013, j’ai lancé l’idée de mettre sur pied un concours d’affiches, comme il en existe dans plusieurs pays, mais qui serait exclusivement destiné aux étudiantes et aux étudiants en graphisme.
Ce concours annuel, organisé par la Société des designers graphiques du Québec (SDGQ), s’adresse à toutes les personnes inscrites à un programme d’études en design graphique de niveau collégial ou universitaire officiellement reconnu par le gouvernement du Québec. Il vise à développer leurs aptitudes de designers en devenir, à les sensibiliser à l’utilité sociale du design et à favoriser une pratique axée sur le bien commun.
Grâce à des partenariats avec le Musée McCord Stewart, Publicité Sauvage, Bibliothèque et Archives nationales du Québec, le Centre de design de l’Université du Québec à Montréal (UQAM), MP Repro et la Délégation générale du Québec à Paris, plus de 150 affiches issues du concours ont fait l’objet d’affichages dans les rues et d’expositions, au Québec comme en France.
Les thèmes, choisis chaque année de concert avec un organisme social différent, suscitent en moyenne une centaine de propositions étudiantes. Un total de 15 affiches finalistes, sélectionnées par un jury formé de 5 personnes, sont ensuite exposées au Musée McCord Stewart. Les critères d’évaluation sont la clarté du message, l’originalité de l’idée, la qualité de l’image et de la typographie, l’intégration harmonieuse, ainsi que la qualité de l’ensemble.
10 ans d’affiches sociales au Québec
En plus des expositions d’affiches présentées annuellement au Musée McCord Stewart, l’exposition 10 ans d’affiches sociales au Québec, regroupant selon les lieux de 30 à 145 affiches issues du concours, a circulé au Québec et en France, à l’occasion du 10e anniversaire du concours.
Depuis 2023, l’École supérieure d’art & de communication de Cambrai, en France, soumet par ailleurs les thématiques annuelles du concours à ses cohortes étudiantes.
Cette vue d’ensemble sur un aussi grand nombre d’affiches a permis de constater la richesse des idées avancées par les étudiantes et étudiants, la qualité de l’encadrement offert par le corps enseignant, et les différentes approches graphiques adoptées face à des sujets très diversifiés et parfois sensibles.
Thèmes sociaux et affiches gagnantes
En 2014-2015, le thème du premier concours avait été choisi en relation avec l’Année internationale des sols décrétée pour 2015 par l’Assemblée générale des Nations Unies. Les affiches avaient ainsi pour objectif d’exprimer le rôle des sols dans la sécurité alimentaire, l’éradication de la faim, l’adaptation aux changements climatiques, la réduction de la pauvreté et le développement durable.
L’année suivante, le concours, organisé en collaboration avec Les Impatients, un organisme qui aide les personnes aux prises avec des problèmes de santé mentale, portait sur le thème « Santé mentale et expression artistique ».
En 2016-2017, le thème « Terre d’accueil » a été choisi en partenariat avec le Centre social d’aide aux immigrants, qui a pour mission de venir en aide aux personnes immigrantes et réfugiées. L’affiche gagnante était inspirée de la découverte du petit Alan Kurdi, un enfant syrien trouvé mort sur une plage en Turquie.
Notre partenaire en 2017-2018, Relais-femmes, est un organisme féministe de liaison et de transfert de connaissances. Le thème « Femme et pouvoir d’agir » choisi cette année-là a donné lieu à une affiche visuellement très forte, illustrant la conjugaison des pouvoirs de Zeus et de la féminité, à travers une réinterprétation de La naissance de Vénus, célèbre tableau de Botticelli datant de la fin du 15e siècle.
C’est l’Année internationale des langues autochtones proclamée par l’Assemblée générale des Nations Unies en 2019 qui a inspiré le thème du concours de 2018-2019, en lien avec des préoccupations locales. « Langues autochtones, facteur de développement » a été choisi avec l’organisme Terres en Vues, qui a pour mission d’harmoniser la renaissance artistique et culturelle des premiers peuples et le dynamisme culturel d’une grande métropole. Une proposition audacieuse, constituée de la représentation abstraite de multiples bouches, a fait l’unanimité au sein du jury.
L’affiche s’étant méritée le premier prix du concours de 2019-2020 ayant pour thème « Transport collectif et mobilité active », était ambiguë, avec un poing saisissant un mousqueton évoquant une poignée d’autobus. Le sujet avait été choisi en collaboration avec Vélo Québec, qui encourage depuis plus de 50 ans l’utilisation de la bicyclette afin d’améliorer l’environnement, la santé et le bien-être citoyens.
De nouveau en 2020-2021, c’est le thème choisi par l’Assemblée générale des Nations Unies, « Paix et confiance », qui est proposé pour le concours. L’Association québécoise des organismes de coopération internationale agit comme partenaire.
En 2021-2022, les responsables du concours souhaitent que le thème proposé interpelle plus directement les jeunes graphistes en herbe. « Internet : entre haine et liberté » témoigne clairement de cette volonté et les affiches produites lors de ce concours ont fait honneur à cette décision. La Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse était le partenaire de cette édition qui a permis de soulever des questions relatives aux discours haineux qui se multiplient sur les réseaux sociaux, et à la liberté d’expression.
Le thème du concours de 2022-2023, « Changements climatiques », était aussi en phase avec les préoccupations de la jeunesse. Notre partenaire, Équiterre, contribue à l’émergence de solutions compatibles avec les écosystèmes et la justice sociale. L’affiche gagnante du premier prix exprime bien les conséquences extrêmes possibles des bouleversements écologiques en cours.
En 2023, la hausse du coût du logement touchait déjà durement les populations les moins fortunées de nombreuses villes et la crise du logement s’installait au Québec. Notre organisme partenaire cette année-là, le FRAPRU, considère le logement comme un droit fondamental, un bien essentiel auquel toutes et tous doivent avoir pleinement accès. Le thème de 2023-2024, « Un toit. Un droit », a attiré un nombre record d’affiches et le premier prix illustre parfaitement la fragilité de ce droit.
Humanité & Inclusion, une organisation non gouvernementale de solidarité internationale qui a pour mission de contribuer à la réduction de la violence armée, nous a accompagnés en 2024-2025. L’affiche gagnante de cette édition, qui attire le regard sur une silhouette féminine, se révèle d’une forte violence dès que l’on s’approche et que l’on en découvre le thème, « Pour un monde sans armes », et les autres composants graphiques très subtils qui l’illustrent.
Merci
Merci aux quelque 1 200 étudiantes et étudiants qui ont participé au concours, lequel n’aurait pas existé sans leurs créations. Un grand nombre de membres du corps enseignant des cégeps et des universités du Québec les ont encadrés, en intégrant chaque année le concours à leurs plans de cours. Le succès de l’initiative est aussi grandement attribuable aux graphistes qui participent aux jurys annuels et aux organismes œuvrant dans les divers domaines sociaux qui acceptent de collaborer au projet. Sans eux, celui-ci n’aurait jamais pu atteindre sa maturité.