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Résonance

Des perspectives multiples sur l’histoire sociale de Montréal et les collections du Musée, un accès privilégié à ses coulisses et aux gens qui l’animent

La Montagne au cœur de Montréal – 150 ans d’histoire du Parc du Mont-Royal

L’histoire de Montréal à portée de main! Les Circuits urbains, proposent d’en apprendre plus sur l’histoire de certains lieux de Montréal.

25 mai 2026

Vivez une expérience unique hors les murs grâce aux images historiques puisées dans les collections du Musée.

Munis de votre téléphone, explorez divers circuits thématiques et découvrez l’histoire de nombreux sites de la ville et des images témoignant du Montréal d’autrefois.


 

Le parc du Mont-Royal occupe une place de choix dans le cœur et le quotidien de la population montréalaise. Cette étendue verdoyante qui surplombe la métropole est à la fois un emblème de la ville, un refuge pour la biodiversité, ainsi qu’un lieu accueillant pour se rassembler et s’adonner à des loisirs quotidiens.

Le territoire du mont Royal s’étend au-delà du périmètre de son parc, comptant deux sommets dans les secteurs voisins de Westmount et d’Outremont. Le parc du Mont-Royal englobe le plus vaste et le plus haut des trois sommets, souvent appelé simplement « la montagne » par la population locale, malgré une altitude relativement modeste de 233 mètres.

Le Musée McCord Stewart vous invite à découvrir l’histoire de ce lieu de rassemblement symbolique pour les Montréalaises et les Montréalais. Ne manquez pas cette exposition de photographies au monument de sir George-Étienne Cartier, au lac aux Castors, ainsi que les panneaux au chalet et à la maison Smith.

Alexander Henderson, Montréal en hiver, vers 1870. Don d’E. Dorothy Benson, MP‑1968.31.1.11, Musée McCord Stewart

Le parc

L’idée d’aménager un parc public sur la montagne remonte au moins à 1857, mais demeure au stade de discussions et de planification pendant des années. En 1868, le conseil municipal de Montréal vote finalement en faveur de l’emprunt des fonds nécessaires à l’achat des terrains privés du site projeté. Quatre autres années s’écoulent sans progrès notable, jusqu’en mars 1872. Une vague d’indignation citoyenne se soulève lorsqu’une vaste étendue située à l’intérieur des limites du futur parc est rasée par son propriétaire pour en faire du bois de chauffage. On presse alors la Ville d’intervenir rapidement.

Le paysage dévasté ayant accéléré la création du parc est visible à l’arrière-plan de cette photographie.

William Notman, Vue du nord-ouest de Montréal depuis l’église Notre-Dame, 1872, Musée McCord Stewart, I-77457

Le paysage naturel

Le paysage, baume éternel et bienveillant, verse son vin et son huile sur
les blessures de l’esprit.

– James Russell Lowell (1819-1891)

En faisant appel à l’architecte paysagiste américain Frederick Law Olmsted pour aménager le parc du Mont-Royal, l’administration montréalaise choisit quelqu’un qui, comme d’autres à son époque, croit fermement aux vertus thérapeutiques des environnements naturels. Outre les bienfaits que procurent l’air frais et l’exercice en nature, Olmsted estime que les paysages attrayants et les panoramas somptueux sont les meilleurs remèdes pour apaiser et guérir les affections mentales causées par le rythme effréné de la vie citadine. Dans cette optique, Olmsted soutient que le parc constitue lui-même une forme de richesse au service du bien commun, permettant à toute la population de la ville de cultiver un esprit sain dans un corps sain.

De nombreuses études récentes sur les bienfaits physiques et mentaux associés au temps passé en nature n’ont que confirmé ce que de multiples générations ont pu ressentir en visitant le parc du Mont-Royal.

Wallis & Shepherd, Chemin du parc du Mont-Royal, vers 1900. Don de Stanley G. Triggs, MP‑0000.27.114, Musée McCord Stewart

Le funiculaire

Lors de l’inauguration du funiculaire du mont Royal en 1885, le public peut s’offrir une ascension de la montagne à bord d’une cabine aux parois grillagées et au toit en toile pour la somme de cinq cents. La descente coûte quant à elle trois cents. Le véhicule que l’on observe au premier plan se situe sur une seconde voie ferrée qui se prolonge vers l’avenue du Parc, près de la rue Duluth, facilitant ainsi l’accès du public au funiculaire.

Reconnaissant qu’un funiculaire ou un ascenseur faciliterait l’accès à la montagne aux jeunes enfants et aux personnes à mobilité réduite, l’architecte du parc, Frederick Law Olmsted, est réticent à l’idée d’offrir un aller-retour rapide vers un point de vue. Selon lui, un trajet lent et paisible le long d’une pente douce, offrant des paysages variés en cours de route, permet au public de laisser derrière lui les soucis de la ville, pour y revenir reposé et revigoré.

Neurdein Frères, Station du funiculaire du parc du Mont-Royal, vers 1907. Don de Stanley G. Triggs, MP-0000.877.10, Musée McCord Stewart
Photographe inconnu·e, Funiculaire du parc du Mont-Royal, 1896-1900. Don de Jean-Luc Allard et Lucie Surprenant, M2017.46.2.7257, Musée McCord Stewart
Attribuée à William Haggerty, Tronçon du funiculaire au-dessus du chemin du parc du Mont-Royal, vers 1890, Musée McCord Stewart, N‑0000.29.7.7

Le monument de sir George-Étienne Cartier

Le monument de sir George-Étienne Cartier devait être inauguré au Fletcher’s Field à l’occasion du centenaire de sa naissance en 1914, mais la Première Guerre mondiale vient changer les plans. Plusieurs figures de bronze du monument, coulées dans une fonderie belge et n’ayant pas encore été expédiées au Canada, demeurent cachées sous l’occupation allemande pour toute la durée du conflit.

Ce monument, avant tout destiné à rendre hommage au politicien sir George-Étienne Cartier, l’un des Pères de la Confédération, est également composé d’éléments qui témoignent de son passé de nationaliste canadien-français ayant pris part aux rébellions des patriotes au Bas-Canada. Le plus notable est sans doute l’inscription des paroles d’une chanson qu’il a composée, laquelle a été entonnée par les patriotes en 1837 : « Avant tout, soyons Canadiens. » Les concepteurs de la statue voulaient-ils souligner cette dualité?

Au-delà des différentes perceptions de l’héritage de Cartier, le monument rassemble aujourd’hui, tous les dimanches d’été, une foule composée de percussionnistes et de badauds unie par le plaisir de participer à une fête informelle.

William Fowle, Monument de sir George-Étienne Cartier, Fletcher’s Field, vers 1930. Don de Phil Fowle, MP‑0000.366.6, Musée McCord Stewart
Michel Élie Tremblay, Foule autour du monument de sir George-Étienne Cartier, 1982-1996. Don de Michel Élie Tremblay, M2019.71.1876, Musée McCord Stewart

Une balade en tandem

Ces traîneaux gravissant le chemin sinueux du parc du Mont-Royal depuis le haut de la rue Peel appartiennent probablement à des membres du très sélect Montreal Tandem Club. Ses membres se rassemblent le samedi après-midi au square Dominion avec leurs attelages impeccables pour participer à un événement hivernal d’apparat destiné à impressionner la galerie. Des journaux anglophones locaux de l’époque informent leur lectorat des noms des conducteurs et des personnes à bord, ainsi que de l’itinéraire emprunté, souvent dans le parc du Mont-Royal ou à ses abords. Des noms de famille anglais des lignées les plus nanties prédominent, aux côtés de quelques noms français. Chose surprenant pour l’époque, on trouve généralement au moins une femme aux rênes des traîneaux.

Wm. Notman & Son, Balade en tandem dans le parc du Mont-Royal, vers 1890, Musée McCord Stewart, VIEW-2551

Le Montreal Snow Shoe Club

Depuis deux ou trois ans, la raquette est devenue l’un de nos loisirs hivernaux les plus prisés. Pour se donner une idée du nombre de personnes qui s’adonnent à ce glorieux et sain exercice, il n’y a qu’à se rendre sur le flanc de notre montagne, n’importe quel soir de la semaine. On aura alors la satisfaction de voir défiler un ou deux clubs dans leur superbe uniforme, sans compter les innombrables regroupements de deux à dix personnes, parmi lesquels abondent des représentantes de la gent féminine.
– Montreal Snow Shoe Club

Ce passage est tiré du rapport annuel du Montreal Snow Shoe Club (Club des raquetteurs de Montréal) publié en 1879, soit la même année qu’a été prise la photographie de ce groupe non identifié, arborant tuques, manteaux couvertures et ceintures fléchées. Le premier club de ce genre dans la métropole a été fondé en 1840. En 1880, on en recensait 20, bien qu’ils n’étaient pas tous situés à proximité de la montagne. Si les journaux de l’époque rapportent la création d’un club de raquette féminin à Montréal en novembre 1879, la plupart des clubs demeuraient exclusivement masculins.

Alexander Henderson, Raquetteurs sur le mont Royal, 1879, Musée McCord Stewart, MP-0000.261.3

Le chalet

Le chalet du belvédère, conçu par l’architecte Aristide Beaugrand-Champagne (1876-1950), et dont la construction s’amorce en 1931, figure parmi les nombreuses initiatives entreprises par la Ville pour lutter contre la Grande Dépression. Par la suite, la population et les différentes administrations débattent longuement et vivement de la meilleure vocation à attribuer à ce vaste espace, et de la pertinence d’autoriser les automobiles à circuler jusqu’au chalet.

Le nombre de skieurs se trouvant sur cette carte postale témoigne d’un changement dans l’utilisation de la montagne. À ses débuts, le parc du Mont-Royal était fréquenté par un nombre relativement restreint de personnes, dont la plupart vivaient à proximité. Comme le célèbre quartier du Mille carré doré est adossé au site, le parc était parfois qualifié de « terrain de jeu de l’élite montréalaise ». Avec l’expansion de la ville et la densification de la population habitant au pied de la montagne ainsi que dans le quartier voisin du Plateau, le parc du Mont-Royal devient au fil des années une destination de plein air pour un éventail grandissant de résidentes et de résidents.

Harry Sutcliffe, Sports d’hiver au chalet de la montagne, mont Royal, vers 1935. Don de Peter, Paul, Robert et Carolyn Sutcliffe, M2011.64.2.4.182, Musée McCord Stewart

Le belvédère Kondiaronk

Au printemps 1906, les autorités municipales concrétisent les plans visant à moderniser la structure en bois du belvédère du parc du Mont-Royal. Une terrasse à ciel ouvert est privilégiée afin de ne pas altérer la silhouette de la montagne vue de la ville. Entrepris en juillet, les travaux de réfection de la balustrade courbée en pierres et du pavillon de gauche sont presque achevés en novembre. Au fil des ans, cette balustrade est devenue le théâtre d’innombrables photographies et égoportraits croqués tant par la population locale que par des touristes.

En 1997, le belvédère est nommé en l’honneur de Kondiaronk (1625-1701), chef wendat de Michilimackinac ayant été l’un des principaux artisans de la signature de la Grande Paix de Montréal en 1701.

Wm. Notman & Son, Le belvédère, parc du Mont-Royal, 1916, Musée McCord Stewart, VIEW-16204
Harry Sutcliffe, Femme et chien au belvédère du mont Royal, vers 1918. Don de Peter, Paul, Robert et Carolyn Sutcliffe, M2011.64.2.1.208, Musée McCord Stewart
Béla François Egyedi, Elisabeth Zimmer au belvédère du mont Royal, 1961, Musée McCord Stewart, MP-1983.70.3.15.43

Le Club de golf de Montréal

Cette photographie composite des membres du Club de golf de Montréal a été créée en découpant et en superposant des portraits individuels pris en studio à une peinture de la maison du gardien du parc, au Fletcher’s Field. Le Club louait des espaces dans le bâtiment, situé près de l’actuelle intersection des avenues du Parc et Duluth, afin d’y entreposer de l’équipement et, plus tard, d’y tenir des événements.

Le Fletcher’s Field présente des défis supplémentaires pour les golfeurs, qui doivent éviter les pique-niques et les enfants qui jouent. Une fois l’avenue du Parc aménagée, les membres doivent même jouer par-dessus celle-ci. Devant l’expansion de la ville et l’achalandage grandissant au parc, le Club décide d’acquérir un terrain à Dorval et de s’y installer en 1896.

Notman & Sandham et James Weston, Club de golf Royal Montréal, photographie composite, 1882, Musée McCord Stewart, VIEW‑18906

Le palais de glace

Lors du Carnaval d’hiver de Montréal de 1909, le palais de glace érigé au Fletcher’s Field est une attraction populaire qui attire petits et grands. Le soir du 11 février, une foule record estimée à 100 000 personnes envahit le parc, occupant tout l’espace entre les avenues des Pins et du Mont-Royal. Quelque 2 000 raquetteurs portant des flambeaux descendent du sommet de la montagne et simulent une attaque du palais sous une pluie de feux d’artifice. La structure de glace illuminée de lumières colorées électriques réplique par son propre spectacle pyrotechnique, le tout captivant l’auditoire pendant plus d’une heure.

En septembre de l’année suivante, ce même espace est à nouveau rempli au maximum de sa capacité, alors qu’un nombre encore plus impressionnant de fidèles catholiques s’y rassemble pour assister à une messe en plein air et à une bénédiction, à l’occasion du premier congrès eucharistique international tenu en Amérique du Nord.

Alfred Walter Roper, Palais de glace au Fletcher’s Field, Carnaval d’hiver de Montréal, 1909. Don de Vennor Roper, MP-1977.76.154, Musée McCord Stewart
William Haggerty, Palais de glace, Fletcher’s Field, 1909. Don de Viola Esdon, N‑0000.29.2.17, Musée McCord Stewart

La croix du mont Royal

La croix du mont Royal illumine la nuit montréalaise depuis le 24 décembre 1924. Sa construction vise à commémorer la croix de bois érigée sur le sommet de la montagne en 1643 par Paul de Chomedey de Maisonneuve, cofondateur de la ville. Le projet est mis sur pied par la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal à l’occasion du 90e anniversaire de sa fondation, et est en grande partie financé par la vente de timbres commémoratifs. Afin de solliciter des dons, la Société présente le monument comme « un témoignage à la nation canadienne, composée d’hommes de races et de croyances diverses, et à la prospérité d’un pays qui s’est développé sous l’égide de la croix ».

Outre ces idéaux rassembleurs, l’édification de ce monument attestant des origines françaises et catholiques de la métropole est un véritable symbole de fierté nationale.

Harry Sutcliffe, Skieurs près de la croix du mont Royal, vers 1935. Don de Peter, Paul, Robert et Carolyn Sutcliffe, M2011.64.2.4.145, Musée McCord Stewart
Alfred Harold Vickers, La croix, mont Royal, 1924. Don de Gail Watt, M2014.46.1.21, Musée McCord Stewart

Le tramway

La mise en service de la ligne de tramway reliant l’angle de l’avenue du Mont-Royal et du chemin de la Côte-Sainte-Catherine au pied du sommet du mont Royal en 1930 représente une victoire pour les personnes qui souhaitent faciliter l’accès des classes ouvrières de l’est de Montréal à la montagne. Une ligne secondaire partant du chemin de la Côte-des-Neiges vers l’est, le long de l’actuel chemin Remembrance, existe depuis 1924, mais représente un long détour pour la plupart des gens du Plateau et des quartiers plus éloignés. L’ascension à pied est également fastidieuse, surtout par les chaudes journées d’été avec des enfants.

À la fin des années 1950, les tramways électriques sont remplacés par des autobus à moteur, et la voie Camillien-Houde ainsi que le chemin Remembrance remplacent le tracé de la ligne de tramway qui s’élevait dans la montagne. Toutefois, ce projet ayant pour objectif de décongestionner les artères est-ouest ne fait pas l’unanimité. En effet, les débats contemporains sur la fermeture de la voie Camillien-Houde aux automobiles s’inscrivent dans une longue série de conflits entourant l’accès au parc et la circulation sur son territoire.

Béla François Egyedi, Intérieur du tramway, parc du Mont-Royal, 1957, Musée McCord Stewart, MP-1983.70.1.153
Béla François Egyedi, Tramway au parc du Mont-Royal, 1957, Musée McCord Stewart, MP-1983.70.1.159
Béla François Egyedi, Tramway au parc du Mont-Royal, 1957, Musée McCord Stewart, MP-1983.70.1.154
Photographe inconnu, Véhicule motorisé au parc du Mont-Royal, 1961. Don de Paul Jobin, MP-1992.36.21, Musée McCord Stewart

Le grand escalier

L’architecte paysagiste Frederick Law Olmsted favorise notamment la mise en valeur de la beauté du paysage en plantant judicieusement les arbres les mieux adaptés à leur emplacement, et en élaguant, voire en supprimant, ceux qui sont malades ou endommagés. Pour Olmsted, le fait d’associer différents types d’arbres et d’arbustes aux divers types de sols et aux conditions de croissance de la montagne permet au public d’apprécier une grande variété de paysages en circulant dans le parc.

L’entretien des zones boisées du parc repose encore aujourd’hui sur des décisions mûrement réfléchies par les responsables des lieux. Si Olmsted privilégiait la création de paysages attrayants revêtant un aspect naturel, il prônait souvent la plantation de végétaux et d’arbres n’étant pas indigènes. Aujourd’hui, la direction du parc s’attache à préserver des zones boisées saines et riches en biodiversité, ainsi qu’à éliminer, dans la mesure du possible, les arbres, arbustes et plantes envahissantes afin de contribuer à la survie des espèces locales.

Notman & Sandham, Le grand escalier, parc du Mont-Royal, vers 1878, Musée McCord Stewart, VIEW-942.1
Notman & Sandham, Le chemin, parc du Mont-Royal, vers 1878, Musée McCord Stewart, VIEW-953.1
Notman & Sandham, Le chemin, parc du Mont-Royal, vers 1878, Musée McCord Stewart, VIEW-944.1
Notman & Sandham, Au parc du Mont-Royal, vers 1878, Musée McCord Stewart, VIEW-940.1

L'aménagement du parc

Au moment d’embaucher un spécialiste pour concevoir l’aménagement du parc du Mont-Royal, la Ville fait le choix judicieux de retenir les services de Frederick Law Olmsted (1822-1903), déjà célèbre à l’époque pour la réalisation de l’aménagement de Central Park, à New York. Véritable pionnier du domaine de l’architecture paysagère, Olmsted sera plus tard reconnu pour sa conception de parcs publics partout aux États-Unis. Au terme de près de trois ans de négociation avec les responsables de la Ville de Montréal, Olmsted remet en 1877 ses plans détaillés pour l’aménagement du parc du Mont-Royal, y compris cette carte.

Au grand regret de l’architecte, ses plans ne furent pas toujours suivis à la lettre par la Ville, qui ignora également certaines de ses recommandations. Par exemple, l’avenue du Parc, qui se voulait selon les plans une voie d’accès sinueuse bordée d’arbres, traverse plutôt directement le parc.

Frederick Law Olmsted et Ed. W. Welcke & Bro., Plan de l’aménagement du mont Royal, 1877. Don de David Ross McCord, M4828, Musée McCord Stewart

La maison du gardien

Le toit de la maison du gardien du parc, aujourd’hui nommée la maison Smith, est visible au loin dans cette vue de la prairie de la montagne, que l’architecte du parc, Frederick Law Olmsted, appelait « les clairières ». Ses plans prévoyaient une route en pente douce pour les calèches et des sentiers piétonniers structurés de manière similaire dans tout le parc. Olmsted souhaite que le public découvre une variété de paysages pittoresques et de points de vue en se baladant à travers différents types de terrain, sans avoir à revenir sur ses pas.

Olmsted croit fermement en la valeur thérapeutique d’un décor naturel attrayant, soutenant que l’investissement de la Ville dans le parc du Mont-Royal procurerait d’importants bénéfices à long terme pour la santé mentale et physique de sa population.

Wm. Notman & Son, Au parc du Mont-Royal, vers 1900, Musée McCord Stewart, VIEW-3366

Un espace public

Le 23 juin 1975 au soir, près de 400 000 personnes se rassemblent au parc du Mont-Royal. Fort est à parier que ni Frederick Law Olmsted, l’architecte du parc, ni les membres de l’administration municipale ayant pris la parole à l’occasion de son inauguration le 24 mai 1876 n’auraient pu imaginer que l’endroit puisse accueillir autant de personnes au même moment!

Olmsted est toutefois conscient qu’en devenant un espace public, le parc ne serait jamais un endroit entièrement naturel. À l’époque, le défi – qui persiste encore aujourd’hui – consiste à instaurer un équilibre entre le besoin de détente de la population et l’épanouissement de la végétation.

Si les zones clôturées du parc peuvent être perçues comme une entrave au droit d’accès à un lieu public, la restauration de la flore et la prévention de l’érosion sont essentielles afin d’assurer la pérennité des lieux au profit des générations futures.

John Taylor, Foule au lac aux Castors, mont Royal, 23 juin 1975. Don de Nathalie Taylor, MP‑1999.5.1.5003.26, Musée McCord Stewart

Québec fête

La musique flotte dans l’air du matin au soir lors de Québec fête, la célébration emblématique de la Saint-Jean-Baptiste qui s’est tenue au parc du Mont-Royal du 20 au 24 juin 1975. Des artistes de renom du Québec et des groupes locaux se produisent alors sur les quatre scènes aménagées en plein air. On estime que les festivités, qui se sont déroulées par un temps radieux et dans une ambiance sereine, ont attiré plus d’un million de personnes sur cinq jours.

Le soir du 20 juin, près de 100 000 personnes se rassemblent sur les berges du lac aux Castors pour assister à la prestation mémorable de Gilles Vigneault, qui leur fait découvrir la pièce qu’il a composée pour remplacer la chanson anglaise Happy Birthday. Le succès est immédiat, et cet hymne à la fierté nationale, dont le refrain est « Gens du pays », a su traverser les générations.

Québec fête marque un tournant pour le mouvement nationaliste au Québec, en renforçant le sentiment de fierté, de confiance et d’enthousiasme à l’égard de l’avenir de la langue française et de la culture québécoise.

John Taylor, Festivités de la Saint-Jean-Baptiste sur le mont Royal, 23 juin 1975. Don de Nathalie Taylor, MP-1999.5.1.5005.23, Musée McCord Stewart

La sécurité

Les recommandations de Frederick Law Olmsted quant à la sécurité et à la gestion du parc sont fondées sur sa conviction voulant que les individus tendent à adapter leur comportement à leur environnement. En offrant un espace propre et soigné, la Ville, par l’« influence silencieuse de l’exemple », encourage la plupart des visiteuses et visiteurs à respecter les lieux. Favoriser l’usage régulier du parc par les familles, les groupes scolaires, les femmes et les enfants permettrait de décourager le vandalisme et les comportements déplacés. Selon Olmsted, « aucun homme ne peut mal se comporter dans un lieu où femmes et enfants semblent être à la maison ». La présence constante de « gardiens circulant d’un pas vif » sur le terrain rassurerait également le public, tout en minimisant les coûts liés aux services de sécurité.

La cavalerie du Service de police de la Ville de Montréal est créée en 1885 pour patrouiller dans les espaces publics, comme le parc du Mont-Royal. Aujourd’hui encore, des membres du corps de police y circulent régulièrement à cheval.

Harry Sutcliffe, Skieurs et policiers à cheval au belvédère du mont Royal, vers 1938. Don de Peter, Paul, Robert et Carolyn Sutcliffe, M2011.64.2.3.244, Musée McCord Stewart
Harry Sutcliffe, Vue du chalet du belvédère, mont Royal, vers 1939. Don de Peter, Paul, Robert et Carolyn Sutcliffe, M2011.64.2.3.206 11, Musée McCord Stewart

Le grand escalier

Forcément, dans un lieu de détente accueillant des personnes par milliers, les éléments qui ne sont en soi ni naturels ni poétiques abondent […]. Il faut simplement mettre en œuvre tous les moyens à notre disposition pour rendre les éléments artificiels indispensables au parc aussi discrets que possible, tout en affirmant ouvertement leur fonction.
– Frederick Law Olmsted

L’architecte paysagiste Frederick Law Olmsted reconnaît la nécessité de fournir des installations adaptées aux milliers de visiteuses et visiteurs potentiels du parc. Ainsi, les escaliers d’accès nécessitent de nombreux paliers, tandis que des bancs et des fontaines doivent être installés à intervalles réguliers dans l’ensemble du site, de même que des abris couverts. Olmsted suggère d’utiliser du bois travaillé par des spécialistes afin qu’il se dissimule dans le cadre naturel.

Notman & Sandham, Au parc du Mont-Royal, vers 1878, Musée McCord Stewart, VIEW-947.1
Notman & Sandham, Au parc du Mont-Royal, vers 1878, Musée McCord Stewart, VIEW-948.1
Notman & Sandham, Au parc du Mont-Royal, vers 1878, Musée McCord Stewart, VIEW-951.1

Le Open Air Playhouse

En 1950, l’Open Air Playhouse présente au parc du Mont-Royal la pièce Cymbeline de Shakespeare, dans une mise en scène moderne. Pour une quatrième année, la troupe, fondée par Rosanna Seaborn, présente une œuvre de Shakespeare dans un espace naturel aménagé près du lac aux Castors. L’été étant une période relativement calme pour la scène théâtrale montréalaise, la troupe peut alors recruter des comédiennes et comédiens locaux de renom. Parmi la distribution, on compte deux jeunes hommes qui allaient plus tard mener des carrières internationales : Christopher Plummer et William Shatner.

Les productions théâtrales en plein air ne se limitent pas seulement au répertoire anglophone, comme en témoigne la présentation des pièces L’Illusion comique, par la troupe Les Compagnons de Saint-Laurent, en 1949, ainsi que Le réveil de la belle au bois, par le Théâtre d’Arlequin, en 1951.

Graetz Frères, Christopher Plummer et Rosanna Seaborn campant les rôles de Posthumous et d’Imogen dans la pièce Cymbeline, Open Air Playhouse, 1950. Don de la famille Clouston, MP-0000.2134.41, Musée McCord Stewart
Graetz Frères, William Shatner et des musiciens dans la pièce Cymbeline, Open Air Playhouse, 1950. Don de la famille Clouston, MP-0000.2134.43, Musée McCord Stewart

Les journées enneigées

De nombreuses générations de Montréalaises et de Montréalais conservent d’heureux souvenirs des journées enneigées d’hiver passées au parc du Mont-Royal. La raquette, la luge et les promenades en traîneau figurent parmi les principales activités que l’on y pratiquait au 19e siècle, tandis que le ski gagne en popularité au 20e siècle.

Après l’aménagement du lac aux Castors, l’étang nouvellement créé est déneigé dès janvier 1939, afin que l’on puisse y patiner l’hiver. La Ville ajoute ensuite des cabanes de bois chauffées pour permettre aux patineuses et aux patineurs de se changer, mais ce n’est qu’à partir de 1958 que le public peut se réchauffer après l’effort dans l’espace lumineux et moderne du nouveau chalet du lac aux Castors.

Harry Sutcliffe, Patineurs et skieurs au lac aux Castors, parc du Mont-Royal, vers 1939. Don de Peter, Paul, Robert et Carolyn Sutcliffe, M2011.64.2.3.153, Musée McCord Stewart

La glissade

En 1910, lorsque la photographie de gauche a été prise, la glissade du parc traversait le terrain plat où se situe actuellement le lac aux Castors. Les pistes, aménagées sur un terrain loué à la Ville par un club privé, étaient également gérées par celui-ci. Son nombre de membres étant limité à 1 000, il fallait porter un badge pour accéder aux pistes. Malgré des protestations voulant que la gestion de la glissade dût incomber à la Ville au profit de toute la population, le club a continué ses activités – avec quelques interruptions – jusqu’à la fin des années 1940.

En 1889, des artistes à l’emploi du studio Notman & Son ont collaboré pour créer l’image de droite. Comme il était difficile d’obtenir une bonne photographie de groupes en mouvement avec la technologie de l’époque, les photographes s’en remettaient souvent à la magie de la photographie composite. Les clichés de chacun des glisseurs extirpés de la luge ont été pris individuellement en studio, puis les images découpées ont ensuite été superposées à une peinture de la glissade de la montagne.

William Haggerty et Wm. Notman & Son, Descente en luge, pistes de glissade du parc, 1910, Musée McCord Stewart, VIEW-3740.A
Wm. Notman & Son, Descente en luge, « La chute », photographie composite, 1889, copie réalisée vers 1902. Don de Stanley G. Triggs, N-0000.25.1081, Musée McCord Stewart

Le mont Chauve

Pour diverses raisons, la forêt du parc du Mont-Royal a longtemps été une source de préoccupations et de litiges, tant pour la population que pour les administrations municipales. À la fin des années 1950, des inquiétudes liées à la sécurité publique et à la moralité mènent au déboisement massif d’une partie de la montagne, particulièrement dans le secteur densément boisé du flanc est, surnommé la « jungle ». Dans le cadre des « coupes de la moralité », des milliers d’arbres ainsi que le sous-bois sont éliminés afin de faciliter la surveillance de possibles activités illégales.

Alors que la montagne est désormais surnommée le « mont Chauve », la division de la foresterie du Service des parcs de la Ville plante des arbres pour contrer l’érosion importante causée par le déboisement, et pour stabiliser le sol. Malheureusement, les variétés à croissance rapide choisies sont souvent des espèces envahissantes non indigènes, comme l’érable de Norvège.

Photographe inconnu·e, Escalier près de la maison Smith, parc du Mont-Royal, 1967. Don de Paul Jobin, MP-1992.36.156, Musée McCord Stewart

Les bienfaits de la nature

Frederick Law Olmsted (1822-1903) était un journaliste et auteur américain en faveur de la réforme sociale et de l’abolition de l’esclavage. Il devient l’un des plus éminents architectes paysagistes de son époque après avoir conçu, en 1857, l’aménagement de Central Park, à New York, aux côtés de Calvert Vaux. Olmsted réalise l’aménagement de parcs urbains, d’espaces publics et d’autoroutes vertes partout aux États-Unis qui, tout comme le parc du Mont-Royal, constituent de précieux héritages. L’une des priorités conceptuelles de l’architecte demeurait la mise en valeur de l’environnement naturel expérimenté par le public.

Convaincu que toutes les classes sociales doivent pouvoir profiter des bienfaits de la nature, il conçoit des sentiers en pente douce, pouvant être empruntés en fauteuil roulant ou en calèche tirée par un seul poney, plutôt qu’avec un véhicule nécessitant deux chevaux.

Wallis & Shepherd, Chemin du parc du Mont-Royal, 1900. Don de Stanley G. Triggs, MP‑0000.27.102, Musée McCord Stewart

 


 

Le parc du Mont-Royal se situe sur un territoire non cédé fréquenté depuis longtemps par les peuples autochtones. Le Musée reconnaît son devoir de sensibiliser le public aux cultures autochtones et de favoriser le maintien de leur vitalité.